Dans l’ombre des chandeliers, je scrutais ton visage tandis que tu t’épanouissais sous le feu des rires et des conversations autour de ce dîner en famille. Je me suis efforcée de réprimer de faux rires après chaque anecdote amusante que ma grand-mère racontait sur mon enfance. Mais en dépit de mes efforts pour dissimuler mes tourments, le parfum de femme que j’ai senti lorsque tu m’avais embrassée sur le front confirmait mes pires craintes. J’avais sacrifié mes propres aspirations pour notre famille, convaincue que le bonheur à tes côtés serait ma récompense. Mais cette soirée-là, alors que nous étions entourés de nos enfants et de nos proches, j’ai réalisé que c’était tout le contraire, que ces sacrifices compromettaient mon bonheur. Je me suis interrogée sur ce que j’avais omis de faire pour te rendre heureux, pour nourrir cette flamme qui semblait s’éteindre entre nous. J’avais donné tout ce que j’avais, tout ce que j’étais, dans l’espoir que notre amour résiste à toutes les épreuves. Toi et nos six enfants avez toujours été ma priorité. À vrai dire, je n’avais jamais envisagé d’avoir une grande famille, mais tu avais toujours insisté pour en avoir au moins cinq. Tout ce que tu désirais, c’était une épouse dévouée à son foyer. Mais aujourd’hui, je me retrouve seule avec mes doutes et mes regrets. Et au fond de moi, une question persistait : étais-je jamais suffisante pour toi, Alex?

—  Je n’ai jamais souhaité nous faire de mal, je te le jure. Je le répète encore, ce qui s’est passé est simplement une erreur.

— Une erreur, Alex ! Non seulement tu t’es moqué de moi, mais là maintenant tu me prends pour une idiote. Tu as fait tout ça pour une erreur ? Une erreur qui t’accompagne dans tous tes voyages, tes dîners, tes soirées d’affaires. Tu appelles ta relation avec cette femme, une erreur !

Alex ne savait plus quoi dire. Il était à court d’excuses, faisant attention à chaque mot pour éviter qu’Anna-Maria ne s’énerve d’avantages.

— Eh bien, c’est comme je te l’ai dit… mon amour ! Je vais te tuer, puis me suicider. Tu aurais dû réfléchir à deux fois avant de me tromper avec cette femme. Je ne vais pas laisser passer ça. À cause de toi, j’ai vécu une vie misérable. J’ai tout abandonné : ma carrière prometteuse, mes convictions, tout cela par amour pour toi. J’ai investi toute ma vie en toi et en nos enfants. Pendant que toi, égoïste et inconscient, tu prenais du bon temps avec une autre femme, je passais mes nuits seule et déprimée.

— Je te demande pardon…

— Non, non, non ! Ne me demande pas, pardon. Je me fiche complètement de ton pardon.

Anna-Maria s’apprêtait à appuyer sur la détente quand la porte de la chambre commença à bouger. Elle se retourna pour voir qui entrait : c’était leur troisième enfant, la petite Alexia. Alex profita de ce moment de distraction pour bondir sur sa femme, essayant de lui prendre l’arme. Ils se débattirent, et Anna-Maria appuya sur la détente. Malheureusement, la balle atteignit leur petite fille. Anna-Maria resta immobile devant le corps de sa fille, les larmes coulant le long de son visage, tandis qu’Alex criait à l’aide.

— Anna, Anna-Maria, réveille-toi ! Mais qu’est-ce que tu fais ? Ton défilé commence dans 30 minutes et tu n’es même pas encore maquillé.

— Amélie ! Quelle heure est-il ? J’étais allongé sur le canapé et je me suis endormi.

— Allez, lève-toi, je vais t’aider à te préparer.

Anna-Maria se leva du canapé et s’assit devant le miroir pour se faire maquiller. Amélie lui tendit un verre de vin. Elle prit une gorgée comme si cela l’aidait à se calmer, puis elle dit : « J’ai fait un horrible cauchemar ».

Amélie s’approcha d’elle et demanda :

— Tu as dû être très fatigué ma chérie, pour t’être endormie au point de faire un cauchemar. Et dis-moi, est-ce que tu sais ce que tu vas porter ce soir pour ton rendez-vous galant avec cet homme d’affaires ? Quel est son nom déjà ? Alex, c’est bien ça ? Je sais qu’il t’intéresse beaucoup, hein !

Le cœur d’Anna-Maria avait commencé à palpiter très fort après avoir entendu Amélie prononcer ces mots. Pour elle c’était un signe. Sa rencontre avec cet homme et ce cauchemar ne pouvait être une simple coïncidence.

Elle resta pensive un moment et répondit 

— Non, non, je n’y vais plus !

— Ah bon ! Et pourquoi ? Je croyais qu’il te plaisait !

— J’ai décidé d’annuler. Je vais prendre une pause concernant les rendez-vous galants pendant un moment.

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