On me dit souvent : « Oh Camille, tu te plains sans cesse ! Tu n’arrêtes pas d’étaler ta souffrance à travers tes mots, comme si le monde devait tourner autour de toi. Tu devrais te sentir heureuse d’avoir la vie que tu mènes. N’est-ce pas ce que tu as toujours désiré ? N’est-ce pas toi qui, imitant les répliques de Teresa dans ce feuilleton, disais : “Entre être ou ne pas être, moi je suis”?
N’as-tu donc pas trouvé qui tu es ? Laisse les cris et les larmes à ceux qui en ont vraiment besoin. »
Alors même pleurer m’est refusé. Ce droit m’est interdit. Mais Frédéric Marcelin n’a-t-il pas écrit : « La pensée, quand elle est maîtresse du cerveau de l’homme, est un despote bienfaisant ou terrible. Si elle console dans bien des cas, dans d’autres elle corrode et brûle comme un fer rouge. »
Les guerres que je livre dans le silence… Les blessures de mon enfance, les traumatismes enracinés, les abus de ceux qui prétendaient être là pour me protéger, alors qu’ils ne cherchaient qu’à mieux me manipuler dans mon innocence. Vous voyez la personne que je suis aujourd’hui, mais vous ignorez celle que j’ai été, ce que j’ai enduré, ce que j’ai étouffé.
J’ai laissé le vent emporter le dernier souffle d’innocence qui me restait, balayé par la cruauté du monde. Je m’étais dit : soit je me bats, soit je me laisse abattre. Aujourd’hui, je dissimule mes cicatrices sous les parfums de luxe et les maquillages éclatants.
Vous me demanderez sans doute pourquoi je n’ai jamais dénoncé ceux qui m’opprimaient. Mais les dénoncer où ? Qui m’aurait vue ? Qui m’aurait entendue ? Qui m’aurait défendue ? Qui aurait prêté attention aux cris d’une petite fille sans défense face à des géants ? Je peux vous assurer que le nombre de victimes qui se sont tues est bien plus grand que celui de celles qui ont osé parler.
Comprenez-vous maintenant le combat que je mène chaque jour simplement pour survivre ?
Croyez-vous vraiment que tout ce que je suis, tout ce que je possède, puisse guérir mes maux ? Êtes-vous donc si cruels, si dénués de compassion ?
Je sais que vous avez toujours souhaité ma chute. Sachez qu’aujourd’hui, j’ai fait de chacune de vos paroles une source d’inspiration, une boussole pour continuer à me battre.
Car oui, mon pire ennemi, c’est moi-même.
Je lutte contre cet être désolé qui crie en silence : « Sors-moi de ce calvaire qu’est la vie ! » Et pourtant, je reste là, debout, me répétant que je trouverai un jour le bout du tunnel. Je refuse d’accepter que ma vie ne soit que cela. Il doit bien exister autre chose, quelque part.
On dit qu’après la pluie vient le beau temps. Mais jusqu’ici, tout ce que je vois, c’est un cœur inondé, saturé d’émotions destructrices. Ai-je tort de ne plus faire confiance ni au soleil, ni à la pluie ?
Moi, Camille, l’influenceuse aimée et haïe de tous. Je me retrouve prisonnière d’un imbroglio intérieur, incapable de démêler les fils emmêlés de ma propre existence.
Un monde chaotique, sans pitié, que j’ai peut-être, moi-même, enfanté.