Bonjour Camille, comment vas-tu? Avec un léger sourire, je réponds “Je vais bien.” 

N’est-ce pas ce que tout le monde dit ? Une question qui fait sursauter le cœur, à laquelle on répond après avoir pris une grande inspiration, en se disant que si l’on continue de prétendre que tout va bien, peut-être qu’un jour, ça finira par être vrai.

Je suis peut-être trop lente pour ce monde. Trop lente pour la vie. Trop lente à me décider.

En l’écrivant, je me suis retrouvée projetée dans mon enfance, à cette époque où je vivais un moment difficile chez une tante, alors que ma mère était malade. Elle me frappait parce que, selon elle, je mangeais trop lentement.

Parce que, pour elle, je n’étais pas assez vivante en tant qu’être humain.

Il fallait que je sois plus rapide, plus vive, plus alerte… plus quelque chose.

Mais j’avais dix ans. Imaginez. À cet âge, je ne savais même pas ce que cela voulait dire, « avoir de la vivacité ». Je vivais, tout simplement. À mon rythme.

Et pourtant, j’avais l’impression d’avoir été jetée dans une bataille dont je ne comprenais ni les règles ni le but. Et j’avoue… j’ai grandi avec ce traumatisme. Avec cette idée plantée en moi que ma lenteur, ma douceur, cette façon posée d’exister n’étaient pas normales. Pas acceptables. Presque honteuses.

Parfois, je me surprends à penser :

Si j’avais été plus violente avec la vie, plus tranchante, plus dure… Peut-être que je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui.

Peut-être que j’aurais pris de l’avance. Peut-être que j’aurais su rendre quelques coups, moi aussi.

La vie, ce n’est rien d’autre qu’une guerre – une guerre dont l’issue reste incertaine. Une bataille sans trêve, souvent invisible. Un combat intérieur, contre soi-même, où parfois, on se bat uniquement pour ne pas sombrer dans l’autodestruction. Qui serais-je pour oser dire « j’ai gagné » sans avoir lutté ? La vie a-t-elle ses favoris ?

J’ai toujours pensé que vivre sous les projecteurs est parfois plus éprouvant que de survivre dans l’ombre. Le silence, lui, adoucit parfois les épreuves. Mais le vacarme de la foule, qui ne cesse de te dicter comment mener ta guerre personnelle, te pousse à te demander si tout cela en vaut réellement la peine. Ils ne t’aident pas à combattre, mais sont toujours prêts à te jeter dans la gueule du loup… juste pour voir si tu t’en sortiras.

Ma plus grande peur ? Me réveiller un jour et me dire : « Je n’y arrive plus. »

Me dire que ceux qui attendaient ma chute avec impatience ont gagné. Que j’ai abandonné sans franchir la ligne d’arrivée.

Ne vous méprenez pas. Je me répète souvent : « Je vais continuer, juste pour leur clouer le bec. » Mais parler, c’est facile. Tenir bon, c’est une autre histoire.

Alors je m’accroche. Un jour à la fois, comme je vous le dis. Et je recommence le lendemain, avec la même incertitude, mais je continue. Et vous devriez faire de même. Peu importe où vous en êtes, peu m’importe de quel côté vous vous situez – que vous soyez de ceux qui me tirent vers le bas, de ceux qui restent neutres et détachés, ou de ce petit groupe qui, dans un élan d’humanité, garde encore un peu de compassion pour mon âme écorchée.

À vous aussi je dis : avancez. Vous avez, vous aussi, vos propres combats à mener. Et si vous passez votre temps à vous perdre dans les histoires des autres, vous risquez d’en oublier la vôtre… et de prendre un coup fatal dans cette guerre silencieuse.

Moi, Camille, je ne vous promets pas la victoire à travers ces lignes.

Mais je vous promets une chose : la sincérité.

L’honnêteté brute de mes émotions et de mes états d’âme.

Peut-être sont-elles, pour l’instant, les seules armes efficaces qu’il me reste.

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