Peut-être vous demandez-vous quel rôle vous jouez dans ce monde d’angoisse dans lequel je me trouve. Êtes-vous juges, avocats, psychologues, peut-être ?
Fuir la réalité semble souvent impossible. Mais pour moi — une personne qui se réfugie souvent sous sa plume — c’est tellement plus facile. M’évader et créer un monde à mon image est bien plus fascinant que celui que je vis. Il y a plus de rires, plus d’aventures, plus d’adrénaline que dans mon quotidien. Ce quotidien qui me fatigue, ces tonnes de problèmes que je dois affronter un à un, sans même avoir le choix. Mon imagination est bien plus excitante que cette lutte constante. Cette fatigue émotionnelle, mon âme qui crie à l’aide mais que personne n’entend. Parce que je vis dans un monde où, la plupart du temps, je crois être seule. Où mes cris et même mon silence passent inaperçus.
Et pourtant, ce monde que je crée est stable, doux, accueillant. Je désire y vivre plus que dans ma réalité. Oui, je sais que vous pensez que je dis n’importe quoi. Mais comprendriez-vous mieux si vous goûtiez à ma réalité ? Cette douleur interminable qui m’exaspère, qui fait parfois ressortir le pire en moi. Je suis devenue, comme Oswald Durand, incomprise. Et pourtant, je dois comprendre tout le monde.
Parfois, j’ai l’impression que la galère me cherche. Elle se lève le matin et se dit : “Tiens, si je rendais la vie encore plus dure à Camille, qui mérite pourtant de vivre dans un monde meilleur ?” Comment pourrais-je m’en sortir ?
Mon meilleur ami, Josué, m’a dit un jour : “Camille, fuir ta réalité et te réfugier dans ta tête n’apaisera ta douleur que momentanément. Mais tout refera surface. Tu dois apprendre à faire face à la réalité, c’est ce qui te rendra plus forte et te permettra de grandir.” Je comprends que Josué ait peur pour moi. Il a été témoin de mes crises d’angoisse, de mes tentatives de vouloir en finir. Il a peur que je rechute, que je sombre à nouveau. Mais moi, j’en ai assez d’être forte, d’apprendre. Je suis fatiguée. Épuisée. Je veux ressentir autre chose que ça.
Je suis une lâcheuse… parfois. Je supporte à peine mes propres émotions. Je ne les écoute pas vraiment. Je ne leur accorde pas le temps de s’exprimer. Je crois que je ne supporte tout simplement pas le poids des choses. Je ne suis pas prête à payer le prix de certaines expériences, ni celui que les autres attendent de moi. Est-ce que cela fait de moi une « mauvaise » personne ? Est-ce que fuir est une faute si c’est pour survivre ? Est-ce vrai que le temps finira par me rattraper ? Je ne veux pas le savoir. Je ne veux rien savoir. Je suis une lâcheuse, et alors ? Sommes-nous tous destinés à être des guerriers ? À affronter, à défier ce qui nous dépasse dans l’espoir qu’on finira par nous coller l’étiquette de « héros » ? Qu’on grave sur ma tombe les mots : « Femme courageuse, forte et résiliente ». Pendant que ceux qui m’ont détruite continueront à vivre leur vie, tranquilles, sans remords. Oui… je suis une lâcheuse. Quand c’est nécessaire.
Je ne demande pas un monde parfait. Je demande un monde de grâce, de compassion. Un monde avec moins d’égoïsme, plus d’altruisme. Un monde où certains cesseraient de se prendre pour des rois, des gouverneurs, des décideurs qui piétinent sans réfléchir. Je sais que personne ne me doit rien. Mais si seulement on pouvait éviter d’envahir mon espace, respecter mes droits… Ce serait déjà suffisant.
Car moi, j’ai toujours vécu seule. Combattu seule. La plupart de mes batailles, il n’y a que moi qui les connaisse.
Un jour, Josué m’a dit aussi : “Ah, ma Camille… Tu crois que le monde se soucie de ce qu’on ressent ? Ou espères-tu un jour vivre autre chose que ça ? Ils creusent leur propre tombe juste pour satisfaire leur égo. Ils ne pensent pas à demain, alors pourquoi penseraient-ils aux autres ? Camille, ma jolie Camille… On a été seuls depuis le début, et on continuera à l’être.” Ce n’était pas ce que j’espérais entendre. Mais la vérité blesse, dit-on…
En attendant que la tuerie continue, je continuerai à me réfugier dans mon monde imaginaire. Je continuerai à utiliser ma plume comme bouclier.